
Michel Nuridsany, “Le virtuel en ligne de mire” (Art contemporain: Gursky, Gerz et Ostarhild), Le Figaro, Culture, Friday 15 March 2002.
Le Figaro’s critic reviews Andreas Gursky at the Centre Pompidou, Jochen Gerz, and Ostarhild as the first artist chosen by the new Noirmont Prospect. The critic describes the faces as extraordinarily unsettling in their “ideal” androgyny, and reports that the gallery invented a way to sell non-downloadable virtual works “with a site, cards, confidential access codes and certificates”, concluding: “The virtual revolution is under way.”
Full transcription (French)
Noirmont Prospect démarre en trombe aussi dans le virtuel. Cette toute nouvelle galerie, ouverte le 8 mars dans un quartier peu réputé pour son avant-gardisme, se propose de montrer des jeunes talents novateurs dans la diversité la plus étendue de leur expression. Premier élu : Jürgen Ostarhild. C’est un artiste allemand fou d’irréel. « Avec la technologie digitale, dit-il, l’artiste perd toutes ses contraintes spatio-temporelles et devient un outil de création pure et plus seulement un moyen de reproduction. »
On a pu dire que Jürgen Ostarhild mixait des pixels comme les DJ mixent les musiques. C’est vrai : il prend, çà et là, différents visages pour en créer, comme ici, de nouveaux. « Ces visages, dit-il, n’appartiennent à personne dans le monde réel mais ils sont aussi parfaits que les vrais. » Sont-ils beaux ? Ils sont extraordinairement troublants dans leur androgynie « idéale », dans leur façon de montrer une beauté « en évolution », composite, hybride.
Ce travail étonnant se situe au cœur d’une interrogation qui traverse l’art depuis une vingtaine d’années, concernant l’identité et le corps considéré comme une entité instable, non figée. La chirurgie esthétique, le clonage, la génétique permettent à chacun de reconfigurer son corps à sa convenance. Le visage serait, dans ce sens, le produit fini de la mode.
Entourée d’une dizaine de sérigraphies sur aluminium, une vidéo montre des visages qui se construisent de manière aléatoire selon le logiciel créé par l’artiste. Les portraits, ici, se mettent à vivre indépendamment de leur créateur, se recomposant perpétuellement dans une ronde infinie. Ce n’est pas tout : la galerie, à l’unisson de l’artiste, a été conduite à innover, elle aussi, et à trouver les moyens de vendre avec les moyens du virtuel ces œuvres virtuelles non téléchargeables, en créant un site, des cartes, des codes d’accès confidentiels et des certificats. La révolution du virtuel est en marche.
Légende : Comme les DJ mixent les musiques, Ostarhild prend, çà et là, différents visages pour en créer de nouveaux. (DR.)















